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Chapitre 5 : Les Tamtams du Mont-Royal



Chapitre 5 : Les Tamtams du Mont-Royal
Culture populaire, culture savante Fernand Dumont nous dit : 
Au premier regard, on aperçoit une dissociation essentielle dans toutes les cultures que nous connaissons : entre le savoir du commun et le savoir de l’initié ; entre les apprentissages de tous et les initiations réservées à quelques-uns ; entre des langages ordinaires et des langages plus spécialisés. Cette dissociation a revêtu des formes diverses ; elle s’est formulée selon des tâtonnements variés. Elle est particulièrement visible à notre époque. Du nouveau roman au feuilleton imprimé ou télévisé, de l’art abstrait à l’aimable paysage, la distance est devenue si grande que l’on convient forcément de la coexistence de deux cultures.
(Fernand Dumont, 1981)
Dans les traditions africaines, le percussionniste qui joue dans une assemblée publique sera certainement un érudit, ou, à tout le moins, possèdera le statut social spécifique de musicien. Au Québec, mis à part quelques percussionnistes érudits, jouer du djembé est une activité pour tous, une pratique populaire au sens où l’explique ci-haut Fernand Dumont. Les amateurs sont beaucoup plus nombreux que les professionnels, d’ailleurs, et les pratiques populaires du djembé représentent une sorte de moteur économique pour la survie des percussionnistes de métier. La plupart des activités percussives récréatives se déroulent dans les écoles de percussions, exception faite d’une pratique destinée à devenir un nouveau patrimoine culturel québécois : les Tamtams du Mont-Royal de Montréal. Comme nous le verrons dans cette section, l’histoire de ce rassemblement percussif populaire, qui dure depuis plus de quarante ans, c’est aussi l’histoire de la naissance de la culture populaire du djembé au Québec.

Au Mont-Royal

Peu de musiciens professionnels fréquentent aujourd’hui les Tamtams du Mont-Royal. Pourtant, il n’est pas rare d’observer jusqu’à cinquante percussionnistes et plus de mille personnes agglutinées autour d’eux, venues là pour passer l’après-midi au son des tambours. De plus, cet évènement, vieux de quarante ans, est devenu une tradition populaire et une marque de commerce touristique pour la ville de Montréal. Pourquoi les percussionnistes professionnels ne fréquentent-ils pas (ou très peu) les Tamtams du Mont-Royal ? La réponse à cette problématique, je l’ai trouvée dans une histoire du djembé que j’ai reconstruite à partir des récits de vie musicienne présentés dans la première partie de cette thèse. Je l’expose ici. Cette histoire révèle deux schismes survenus aux Tamtams du Mont-Royal, des ruptures qui délimitent le territoire respectif des érudits et des amateurs. C’est durant la première période du développement des pratiques de la percussion frappée à la main, de 1973 à 1980, qu’est née la tradition des Tamtams du Mont-Royal. On peut la décrire comme un rendez-vous hebdomadaire, celui du dimanche après-midi, auquel est invité à jouer du tambour quiconque en possède un. La montagne, le Mont-Royal, est le lieu « socialement acceptable » du tambour. En effet, il est pratiquement impossible de jouer du tambour ailleurs dans Montréal, le maire Jean Drapeau ayant fait voter une loi, dans les années 1980, interdisant de troubler la paix publique par le bruit.
Dimanche 15 Mai 2022
Monique Monique Provost